conformiste

La Petite conformiste d'Ingrid Seyman

Esther est une enfant de droite née par hasard dans une famille de gauche, au mitan des années 70. Chez elle, tout le monde vit nu. Et tout le monde - sauf elle - est excentrique. Sa mère est une secrétaire anticapitaliste qui ne jure que par Mai 68. Son père, juif pied-noir, conjure son angoisse d'un prochain holocauste en rédigeant des listes de tâches à accomplir. Dans la famille d'Esther, il y a également un frère hyperactif et des grands-parents qui soignent leur nostalgie de l'Algérie en jouant à la roulette avec les pois chiches du couscous. Mais aussi une violence diffuse, instaurée par le père, dont les inquiétantes manies empoisonnent la vie de famille. L'existence de la petite fille va basculer lorsque ses géniteurs, pétris de contradictions, décident de la scolariser chez l'ennemi : une école catholique, située dans le quartier le plus bourgeois de Marseille.

Bonne surprise de cette rentrée littéraire ! Esther, la narratrice de ce premier roman pourrait bien être la petite soeur illégitime de ceux de "En attendant Bojangles" et "Si tout n'a pas péri avec mon innocence". Chronique familiale originale -pour ne pas dire complètement barrée- qui vous fera sourire... mais pas seulement. Un roman léger et grave à la fois, qu'il faudra lire jusqu'au bout.

Audrey

1 vie en rosalie

Rosalie, jeune propriétaire d'une jolie papeterie au coeur de Saint-Germain, passe ses journées à peindre les voeux des autres sur des cartes postales en attendant que les siens se réalisent. Jusqu'au jour où Max Marchais, le célèbre auteur jeunesse, débarque dans sa boutique pour lui proposer d'illustrer son nouvel album. Rosalie est comblée ! Mais c'était sans compter sur l'irruption d'un professeur de littérature américain qui assure que ce conte lui appartient. Commence alors une enquête haletante pour démêler le mystère qui entoure le manuscrit. Cette comédie au charme irrésistible invite à une savoureuse promenade dans un Paris littéraire, où le destin et l'amour s'écrivent à l'encre bleue.

Belle découverte. Un auteur que je viens de découvrir, j'ai bien aimé l'histoire, l'écriture.

Un lecteur anonyme

 

9782246820475 001 T

A la demande d’un tiers de Mathilde Forget

"La folie n'est pas donnée à tout le monde. Pourtant j'avais essayé de toutes mes forces." C'est le genre de fille qui ne réussit jamais à pleurer quand on l'attend. Elle est obsédée par Bambi, ce personnage larmoyant qu'elle voudrait tant détester. Et elle éprouve une fascination immodérée pour les requins qu'elle va régulièrement observer à l'aquarium. Mais la narratrice et la fille avec qui elle veut vieillir ont rompu. Elle a aussi dû faire interner sa sœur Suzanne en hôpital psychiatrique. Définitivement atteinte du syndrome du cœur brisé, elle se décide à en savoir plus sur sa mère, qui s'est suicidée lorsqu'elle et Suzanne étaient encore enfants. Elle retourne sur les lieux, la plus haute tour du château touristique d'où sa mère s'est jetée. Elle interroge la famille, les psychiatres. Aucun d'eux ne porte le même diagnostic. Quant aux causes : "Ce n'est pas important de les savoir ces choses-là, vous ne pensez pas ?"

Ce premier roman est une petite pépite. Je n’aurais jamais pensé pouvoir éclater de rire en lisant un livre dont l’intrigue de base est tout de même constituée : d’un suicide maternel, d’une hospitalisation psychiatrique sororale, et d’un chagrin d’amour. Et pourtant !

La langue est fluide, et Mathilde Forget – par ailleurs auteure-compositrice-interprète - manie les mots et l’humour noir, et redonne un peu de sens à l’absurdité de ce monde. Face au silence entourant le décès de sa mère, la narratrice ne manque pas d’originalité, et l’on sent derrière le désespoir ce besoin criant de maintenir la tête hors de l’eau –et des requins.

Subtil, drôle, émouvant… Et qui a le mérite de nous questionner sur notre prise en charge des troubles psychiatriques aujourd’hui encore.

Audrey