ame de lempereur1

Shai est forgeuse ; elle est capable de modifier le passé d'un objet et donc son présent. Emprisonnée pour avoir tenté de voler le spectre de la lune, elle doit forger une nouvelle âme pour l'empereur, laissé inconscient après une tentative d'assassinat, en échange de sa vie et de sa liberté. Elle a 100 jours pour y parvenir et son seul allié est le conseiller de l'empereur, Gaotona.

Un livre court mais parfaitement ciselé.
Faussaire et experte en magie : c'est une héroïne qui ne brille pas par son sens moral ! Contrainte à l'impossible tâche de re-sculpter l'âme de l'empereur dans un temps dramatiquement court, elle fait pourtant preuve d'une honnêteté qui frôle l'humanité. A sa manière...
Quelle est la différence entre création et arnaque ? Qu'est-ce qu'une personne ? Ce livre pose très subtilement ces questions embarrassantes au cours d'une intrigue serrée et haletante. En trame de fond, l'invention d'une forme particulièrement originale de magie.

Bérénice

avant que

Avant que j’oublie / Anne Pauly – 2019 – Editions du Verdier

Il y a d'un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un "gros déglingo", dit sa fille, un vrai punk avant l'heure. Il y a de l'autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixellisé de feu son épouse. Mon père, dit sa fille, qu'elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy, et un monde anciennement rural et ouvrier. De cette maison il faut bien faire quelque chose, à la mort de ce père Janus. Capharnaüm invraisemblable, caverne d'Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille, la narratrice, qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Et puis, un jour, comme venue du passé et parlant d'outre-tombe, une lettre arrive qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.

Nommé à de nombreux et prestigieux prix littéraires fin 2019, prix – entre autres –  du livre Inter 2020 j’étais attirée et effrayée par le sujet, le deuil du père, de ce court premier roman de Anne Pauly.

J’en repoussais la lecture. Par méfiance envers ces ouvrages qui semblent faire l’unanimité et qui peuvent décevoir ou parce que la mort récente de mon propre père m’en empêchait ?

Et puis, un soir d’été alors que l’ambiance était plutôt à la légèreté, j’ai enfin ouvert ce livre et son magnétisme a agi, brutalement. Cette voix très personnelle et cette émotion tellement intime décrite sans fard ont généré des sentiments très contradictoires, entre impression de voyeurisme et empathie totale.

L’agencement des mots claque, choque, fascine, ils sont pleins d’énergie, d’amour, de ressentiment, de doute, de douleur, de chagrin. Ceux d’une femme mais aussi ceux de la petite fille qu’elle a été.

Les souvenirs d’avant, le récit de la mort, celui des préparatifs et des funérailles puis l’inventaire des objets de la maison à vider sont entremêlés et se font écho.

Au cours du roman, parfois l’eau dans les yeux a interrompu momentanément ma lecture, d’autres fois un rire a été salvateur. Oui, certaines phases et phrases dans ces  souvenirs prêtent à rire, certaines situations sont ridicules et l’humour soulage de toute cette tension. 

Je n’oublierai pas ce texte, très fort, avec un effet cathartique puissant.

Cet ouvrage a reçu le prix du Livre Inter 2020, le prix Envoyé par la Poste 2019, le prix Summer 2020 et le prix À livre ou verre des librairies Mémoire 7 à Clamart et Le Point de coté à Suresnes.

Nommé au Prix Goncourt, au Prix Goncourt des Lycéens, au Prix Wepler et au Prix Fémina 2019

Hélène

cavaliers

Les Cavaliers de l'apocadispe / Libon

Trois cavaliers sans peur (sauf pour un) et sans reproche (sauf pour le même) partageant le même objectif : s'amuser le plus possible en se faisant gronder le moins possible. Et pour cela, ils peuvent compter sur leur imagination, leur détermination et une bonne part de malchance ! Aucun commun des mortels ne survivrait longtemps dans les aventures des cavaliers de l'apocadispe qui se prennent régulièrement des gamelles mémorables ! Ca commence par un simple cours en classe, une visite au musée, une balade en forêt ou un voyage en car... et tout devient très vite hors contrôle !

Suivez Olive, Jé et Ludo, trois héros décalés dans des aventures absurdes et hilarantes. Un très bon moment de lecture en perspective !

E.

lune 1

Et la lune, là-haut de Muriel Zürcher                   

Alistair est un génie. Derrière son écran, il a appris les mathématiques, la planétologie, la science des matériaux et même à décrypter les émotions des gens.

Mais s’il veut un jour aller sur la lune, il faudrait qu’il commence par sortir de son appartement.

Une aventure contemporaine légère avec des thématiques d’aujourd’hui (internet, sans-papier, mère isolée, autisme) qui nous fait cavaler sur la piste de décollage.

A partir de 10 ans

Johanne

le bihan

Un bonheur que je ne souhaite à personne / Samuel Le Bihan – Flammarion (2018)

Autisme : un mot derrière lequel on met bien des questions, des préjugés, des peurs, un mot opaque et qui effraie.

Autisme : un mot qui recouvre la réalité de nombreuses familles avec ses difficultés, son incompréhension souvent et sa souffrance parfois.

Si beaucoup de documentaires et de témoignages abordent ce thème, il existe peu de fictions, sans doute un exercice risqué qui pourrait vite tomber dans le pathos ou la complaisance.

Ce n’est pas le cas de ce premier roman de Samuel Le Bihan – lui-même papa d’une enfant autiste - où il dédramatise ce sujet pourtant grave, avec une bonne dose d’humour et des personnages décalés, charmants.

A travers des situations cocasses ou dramatiques, le lecteur suit Laura, qui a mis sa carrière et sa vie de femme entre parenthèses pour se consacrer à César, l’un de ses fils atteint d’autisme. Elle affronte l’indifférence, la curiosité malsaine voire l’intolérance avec une volonté pleine d’amour, d’énergie et avec une capacité admirable à rebondir.

C’est émouvant, c’est drôle et on se laisse embarquer avec bonheur dans cette galère quotidienne pleine de grâce.

Une belle préface de Jean-Christophe Rufin permet également un accès intéressant à ce roman.

Véronique

kim

Kim Ji-young est une femme ordinaire, affublée d'un prénom commun - le plus donné en Corée du Sud en 1982, l'année de sa naissance. Elle vit à Séoul avec son mari, de trois ans son aîné, et leur petite fille. Elle a un travail qu'elle aime mais qu'il lui faut quitter pour élever son enfant. Et puis, un jour, elle commence à parler avec la voix d'autres femmes. Que peut-il bien lui être arrivé ?

J'ai adoré ce court récit de la vie d'une femme coréenne ordinaire. En quelques chapitres incisifs, l'auteur parvient à nous plonger dans le quotidien de Kim Ji-young et plus généralement dans la très patriarcale société sud-coréenne contemporaine. Le style est simple et direct. L'auteur (Cho Nam-joo, une femme) expose simplement les faits, les chiffres. A travers le personne de Kim Ji-young, elle parle de toutes les Coréennes : grands-mères, mères et filles, à qui on a coupé ou à qui on coupera les ailes.

Il y a de la résignation dans ce docu-fiction : de la mère de Kim Jiyoung qui a du travailler pour que ses frères puissent faire des études, à sa soeur qui finit par devenir prof parce que c'est un métier qui convient aux femmes, en passant par la collègue enceinte qui s'arrête de travailler "momentanément", et par le mari, inconscient du poids qui pèse sur les épaules de sa femme et qui participe au maintien des "traditions"...

Cho Nam-joo illustre ce que cette société à prédominance masculine fait subir à l'autre moitié de sa population, reléguée au second plan, passant toujours après les hommes de sa famille. Un récit puissant et qui a suscité la polémique en Corée du Sud, où le sujet reste extrêmement sensible. Un grand coup de coeur pour ce livre.

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Le roman a été adapté au cinéma en 2019 : 82년생 김지영 (Kim Jiyoung, born 1982) avec Jung Yu-mi et Gong Yoo dans les rôles principaux. Bien sûr, comme on pouvait s'y attendre, le film a déclenché une vague de critiques misogynes et anti-féministes en Corée du Sud...

E.

alliances 1

Alliances de Jean Marc Ligny

Herbe bleue Arbres jaunes La centrale nucléaire fuit Sur une Terre dont le climat a radicalement changé suite à l'emballement du réchauffement climatique, des oasis et des microclimats locaux ont permis à la vie de s'abriter, voire de se développer. Mais quelle place pour l'homme dans un tel écosystème, face à l'émergence probable d'une nouvelle espèce dominante sur la planète ? Il pourrait y avoir des alliances inédites à passer. Tikaani, l'Inuit, parti d'Islande à bord d'un avion solaire, Ophélie, la guérisseuse tapie dans sa jungle au Canada, Denn et Nao, qui ont quitté leur tribu cavernicole du désert qu'est devenue la Californie : tous sont à la recherche de survivants, certains rêvent de redonner sa place à l'humanité. Mais ils vont apprendre que ce qui reste des hommes peut encore nuire à la planète...

Au-delà des clichés et des facilités du genres, un regard nouveau sur ce que pourrait être le monde.

Un monde où les rares humains survivant ont le choix entre persister dans leurs anciens modèles prédateurs et destructeurs, ou collaborer avec d'autres espèces.

Accepter leur suprématie.

Décentrer l'humanité.

Et si ce livre ne parlait pas d'après la fin du monde mais de notre époque ? Et s'il était encore temps ?

Bérénice

Les Optimistes

Les optimistes de Rebecca Makkai

A Chicago, dans les années 1980, au coeur du quartier de Boystown, Yale Tishman et sa bande d'amis - artistes, activistes, journalistes ou professeurs... - vivent la vie libre qu'ils s'étaient toujours imaginée. Lorsque l'épidémie du sida frappe leur communauté, les rapports changent, les liens se brouillent et se transforment. Peu à peu, tout s'effondre autour de Yale, et il ne lui reste plus que Fiona, la petite soeur de son meilleur ami Nico. Révélant un immense talent, Rebecca Makkai brosse le sublime portrait de personnages brisés qui, au milieu du chaos, n'auront pourtant de cesse de trouver la beauté et l'espoir.

Il y a un avant et un après Sida.

Rebecca Makkai dans » Les optimistes », à l’instar d’A. Maupin dans les « Chroniques de San Francisco » ou d’A. Abbott dans « Fairyland », nous dresse un portrait des derniers instants d’une communauté joyeuse et insouciante qui basculera rapidement dans la terreur et l’inconnu de ce VIH.

L’auteure reste néanmoins optimiste et arrive à tirer ses personnages vers une lumière libératrice.

Un livre poignant.

L.