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Pour Claire et Mark, le quotidien ressemble à un brouillard opaque.
Claire passe sa journée à la maison, sans quitter son peignoir élimé, accompagnée exclusivement de cigarettes fumées à la chaîne et de bouteilles qui se vident trop vite. Mark, lui, dort sur le canapé, et ne rêve que de solitude. Leurs enfants, Charley et Sally, se débrouillent comme ils peuvent, vont à l’école aléatoirement, et s’habillent des mêmes uniformes scolaires à la propreté douteuse. Quelque chose cloche… comme une impression de vivre dans un rêve cotonneux, de passer complètement à côté de sa vie. Chaque jour qui passe amène son lot de bizarrerie et d’incohérence, et quand les rumeurs d’une catastrophe à venir s’intensifie, la vérité, peu à peu, se révèle…

 

 

 

Attention, ça secoue.

Les premières pages de Why Don't You Love Me sont dures, très dures. L'humour noir à l'état pur, limite malaisant. On se dit : "Mais qu'est-ce que je lis là ?" Et on a envie de refermer. Normal.

Mais non. Il faut tenir. Parce qu'il y a quelque chose, le dessin, d'abord : ce trait, cette façon de croquer les visages, les expressions. Et puis cette écriture. Vraiment. Il y a un talent là-dedans, même quand ça fait mal.

Et puis, quelque part au milieu, ça bascule. Tout à coup, on comprend. Ce qui nous avait secoué au début prend un sens différent. La première partie, qu'on avait trouvée si rude, nous revient en pleine figure mais autrement. Plus fine, plus juste, plus nécessaire aussi.

L'auteur nous a fait passer par toutes ces émotions contradictoires pour nous emmener ailleurs. Vers quelque chose de plus grand, de plus universel. La solitude, oui. La famille, forcément. L'amour, surtout.

Au final, on referme le livre avec une sensation étrange. Comme si on venait de traverser quelque chose d'important, de nécessaire. Comme si toute cette gêne du début avait servi à quelque chose.

C'est fort. C'est dérangeant. C'est réussi.

Olivier

 

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Fanny a 17 ans. Elle fuit vers l'Allemagne, sans un regard en arrière. Seul l'avenir compte. L'avenir avec Maïa, sa meilleure amie, son âme-soeur. Au coeur du Jura, dans le village paisible et idyllique de Malmaison-le-lac, les habitants sont en état de choc. La famille Parrisot a disparu. Le capitaine de gendarmerie Bruno Albertini se rend dans la bâtisse isolée désormais vide, dont les premiers indices laissent à penser qu'un massacre s'est déroulé en ces lieux et que le contenu du coffre-fort a été dérobé. Et tout semble indiquer que Fanny Parrisot serait la clé de cette nuit sanglante.

 

 

 

C’est un thriller psychologique que nous propose Nicolas Leclerc avec une enquête complexe au coeur du Jura. Au coeur de l’intrigue, la disparition entière d’une famille avec suspicion de crimes. On est vite plongé dans une histoire où les secrets vont resurgir et bouleverser une enquête qui s’annonçait plutôt facile. Une construction qui alterne le présent de l’enquête et des extraits du journal intime d’une des protagonistes de cette sombre affaire, des chapitres courts, un style très direct, dépouillé, des indices qui nous égarent, et bien entendu de nombreux rebondissements qui entretiennent une tension qui monte crescendo. On peut regretter quelques aspects un peu trop clichés et une fin que j’avais hélas anticipée un peu trop tôt. Cela reste néanmoins une lecture plaisante et je reviendrais probablement découvrir d’autres romans de l’auteur.

 

 

Celle qui parle histoire complete

 

XVIe siècle. Malinalli est la fille d'un chef d'un clan d'Amérique centrale. Peu de temps après la mort de son père, elle est vendue à un autre clan pour travailler aux champs et satisfaire la libido de son nouveau maître. Un jour, d'immenses navires apparaissent à l'horizon, commandés par Hernan Cortez, obsédé par la recherche d'or. Le conquistador repère Malinalli et son don pour les langues. Elle sera son interprète et un des éléments clés dans ses espoirs de conquête. Elle sera également celle qui aura le courage de dire un mot interdit aux femmes de son époque : non ! Au-delà de la légende, voici l'histoire de la Malinche, vivante, jeune, inexpérimentée, souvent dépassée par les événements, mais avant tout, humaine.

 

 

 

 

J’ai récemment découvert le personnage de Malinalli, plus connue sous le nom de La Malinche, grâce à un reportage diffusé sur Arte. Et j’ai eu envie d’en apprendre davantage. Au Mexique, elle incarne une figure ambivalente : pour certains, traîtresse, pour d’autres, mère symbolique du pays… La bande dessinée, portée par de délicates couleurs chaudes, retrace la conquête de l’Amérique, mais aussi les tensions entre les peuples amérindiens, dans une époque de grands bouleversements. On y suit le destin de Malinalli, jeune femme intelligente, arrachée à son monde et constamment contrainte de s’adapter pour survivre. Maîtrisant le langage avec une finesse remarquable, elle parvient à s’imposer en tant qu’interprète. Chaque chapitre s’ouvre d’ailleurs sur l’une des langues qu’elle a dû apprendre et utiliser, soulignant le rôle central de la parole dans son cheminement forcé. Un récit qui met en lumière la condition des femmes dans un monde de violences et de dominations, et qui rend un hommage touchant à cette jeune femme, devenue une inspiration pour les féministes.

 

-E-

 

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2006. Aspirant mangaka dont la carrière peine à décoller, Satoru Fujinuma travaille comme livreur de pizzas pour joindre les deux bouts. Effacé et peu enclin à s'ouvrir aux autres, il observe le monde qui l'entoure sans vraiment y prendre part. Pourtant, Satoru possède un don exceptionnel : à chaque fois qu'un incident ou une tragédie se déroule près de lui, il est projeté quelques minutes dans le passé pour empêcher l'inévitable avant qu'il ne se produise... Cette anomalie de l'espace-temps lui vaut un séjour à l'hôpital le jour où, pour rattraper le conducteur d'un camion fou, il est percuté par un autre véhicule de plein fouet. Après l'accident, petit à petit, les souvenirs effacés de l'enfance traumatisante de Satoru resurgissent... Réparer les tragédies du passé pour accepter le présent...

 

 

 

 

Très surprise, je m'attendais à pas mal d'événements répétitifs étant donné le don du personnage d'agir sur le temps, mais non, c'est finalement très sombre et prenant. L'intrigue est top, je n'ai pas vu venir le dénouement pendant un bon moment. Ce n'est pas ce que j'aime habituellement, mais je suis agréablement surprise, c'est l'avantage de trouver autant de variétés à la médiathèque 👍😁

 

 

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 - Alors qu'est-ce que vous faites dans la région, dites-moi un peu, s'inquiète le commandant Parker.
- Disons que c'est pour un film que je suis en train de tourner, indique Robert. Comme vous voyez.
- On ne m'en avait pas averti, regrette le commandant, mais voilà qui m'intéresse beaucoup. Et quel genre de film, au juste ?
- Toujours pareil, expose Robert, l'amour et l'aventure. Avec l'Afrique et ses mystères, vous voyez le genre.
- Ah oui, soupire le commandant Parker, je vois en effet très bien le genre. Et pour votre histoire d'amour, vous avez pris quelle actrice ?
- Céleste, dit Robert. Céleste Oppen.

 

 

 

Avec Bristol, l'auteur nous invite dans sa cuisine. Pas celle où il prépare le dîner, non : celle où il cuisine ses phrases. Et c'est un régaI. Il écrit avec nous, devant nous, en nous prenant à témoin de ses hésitations, de ses trouvailles, de ses petits arrangements avec l'intrigue.

L'histoire ? Désuète, vous avez raison de le dire. Mais ici le plaisir n'est pas dans l'histoire qu'on raconte, mais dans la façon dont on la raconte. Et sa façon, elle est délicieuse. Ludique, malicieuse, complice.

On sourit page après page devant cette déconstruction assumée, cette façon de montrer les ficelles sans complexe. L'auteur démiurge ? Mort et enterré. À la place : un artisan qui nous montre ses outils, qui commente son travail en cours, qui nous fait entrer dans l'atelier.

Echenoz transforme l'acte d'écrire en spectacle. Et nous, lecteurs, on devient ses complices, ses témoins privilégiés.

C'est malin, c'est frais, c'est Echenoz quoi.

 

Olivier

 

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 Au coeur des Adirondacks, la famille Van Laar est propriétaire d'un vaste domaine qui abrite leur résidence estivale et un camp de vacances pour adolescents. Un jour de l'été 1975, leur fille unique, Barbara, se volatilise mystérieusement. Cette disparition réveille le souvenir de celle du fils des Van Laar, évanoui vingt ans plus tôt après une promenade en forêt avec son grand-père.

Traduit de : The god of the woods.

 

 

 

J’ai vraiment bien aimé ce roman plutôt mystérieux, où on ne sait pas vraiment à quoi s’attendre. Un savant mélange des genres avec comme décor la région des Adirondacks, une nature omniprésente, une forêt dense, une atmosphère oppressante et en bonus la disparition énigmatique d’une jeune fille dont le frère a déjà disparu 15 ans auparavant dans les mêmes bois. L’intrigue va faire alterner différentes temporalités et de nombreux personnages et il faut être vigilant si on ne veut pas s’y perdre. L’autrice nous tient en haleine avec son écriture ciselée qui distille lentement, au compte-gouttes les indices qui viennent éclairer les zones d’ombre de la riche famille Van Laar. Un roman qui fait la part belle à la solidarité féminine et questionne sur la place et la condition des femmes dans un milieu où les hommes exercent leur pouvoir sans concession. Un seul bémol, une fin un peu rapide qui aurait à mon sens pu être davantage développée au regard de la qualité du reste du roman.

 

 

 

Le parcours du père de l'auteur, né en 1926 en Moselle, département annexé par les nazis en 1940. A 17 ans, il intègre l'armée allemande afin d'éviter les représailles sur sa famille, devenant un malgré-nous parmi les autres Alsaciens et Mosellans incorporés de force dans la Wehrmacht. Fait prisonnier par l'armée américaine en mai 1945, il est libéré en septembre 1945.

 

Ces féroces soldats de Joël Egloff est un roman bouleversant qui éclaire un pan sombre de l’Histoire à travers le destin des Malgré Nous, ces hommes originaires d’Alsace et de Lorraine qui ont été enrôlés de force dans l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. L’auteur parvient avec brio à rendre tangible le dilemme intérieur de ces hommes pris entre la loyauté envers leur terre natale et l'obligation d’obéir à un pouvoir oppresseur. À travers une écriture incisive et poignante, Egloff explore le poids du silence, des souvenirs refoulés et des questions de responsabilité qui restent sans réponse, comme ce passage où la question du choix se pose face à un moment décisif. Ce roman, à la fois intime et historique, résonne longtemps après sa lecture, tant il dévoile avec justesse les contradictions humaines face à la guerre et à l'injustice. Un coup de cœur incontournable pour qui s'intéresse à l’Histoire et à la mémoire.

 

-Lucie-

 

 

 

 

C'est l'histoire d'une femme qui passe sa vie dans les couches et le lait en tâchant de maintenir l'équilibre précaire d'une famille de la classe ouvrière dans l'Irlande d'aujourd'hui. Malgré la charge mentale et l'épuisement, elle s'épanouit dans la maternité et le dévouement total à sa condition de mère. Mais quand son quatrième enfant manque de mourir à la naissance, elle perd pied. Elle trouve alors du réconfort dans la lecture du célèbre « Caoineadh », un poème irlandais datant du XVIIIe siècle. Bientôt, elle essaye de retracer la vie de la poétesse qui en est à l'origine, mais c'est comme tenter une cartographie dans le brouillard tant son existence fut effacée par le récit des hommes de sa famille.

 

Un fantôme dans la gorge de Doireann Ní Ghríofa est un véritable coup de cœur, un roman qui m’a profondément marqué par sa beauté et sa profondeur. À travers le portrait d’une mère épuisée par la vie, mais aussi par sa quête d’une poétesse oubliée, l’autrice nous invite à une réflexion poignante sur l’effacement des femmes dans l’histoire. Ce roman hybride, à la fois intime et érudit, jongle avec les genres pour offrir une méditation fascinante sur la maternité, le féminisme et la mémoire. Le style de Ní Ghríofa, délicat et intense, m’a rappelé les grandes figures de la littérature contemporaine, comme Sebald et Maggie Nelson, et m’a emporté dans un tourbillon d’émotions et de découvertes. Un livre bouleversant et lumineux, à ne pas manquer.

 

-Lucie-