piments

"Les enfants de la Creuse" sont ces jeunes Réunionnais déportés par les autorités françaises entre 1962 et 1984 pour repeupler les départements victimes de l'exode rural. Ils furent 2150, sous la houlette de l'ASE et celle, politique, de Michel Debré, alors député de la Réunion.

Dans "Piments zoizos", Jean n'échappe pas à ce destin. Éloigné de sa petite sœur, il est transplanté en Creuse. De foyers en familles d'accueil, il fait la rencontre d'autres enfants réunionnais dans la même situation que lui. Une vie durant, entre errances et recherches, il tentera de comprendre pourquoi...

La BD de Tehem est magnifique, alternant les passages du passé et ceux plus contemporains, étalant son histoire sur plus de quarante ans d'errance du personnage de Jean, assez représentatif de nombreux enfants placés. La lecture est très fluide, l'auteur utilisant la couleur pour suggérer les époques et les points de vue : à part Jean, l'autre personnage clé est un employé de la préfecture de La Réunion, témoin de l'époque et finalement seul "allié" du garçon. La force de l'oeuvre est de raconter un destin particulier mais en soulevant également dans son sillage tous ceux des autres enfants. Les incursions à l'intérieur du récit de "La Gazette de l'île de La Réunion" permettent d'apporter au lecteur des informations essentielles sur les opérateurs de l'époque et sur le contexte. La BD rend également bien compte de la forme "d'utopie dangereuse" (expression utilisée par une responsable du ministère des Affaires Sociales au début des années 1970) mené par le gouvernement de l'époque, et montre à quel point l'ASE est loin d'être exemplaire en matière de protection de l'enfance, encore aujourd'hui d'ailleurs...

Pour aller plus loin :

Un podcat en 6 épisodes par Sarah Videuil, journaliste :

enfant deracinee

Blackwater 1 La Crue L epique saga de la famille Caskey

Pâques 1919, alors que les flots menaçant Perdido submergent cette petite ville du nord de l'Alabama, un clan de riches propriétaires terriens, les Caskey, doivent faire face aux avaries de leurs scieries, à la perte de leur bois et aux incalculables dégâts provoqués par l'implacable crue de la rivière Blackwater. Menés par Mary-Love, la puissante matriarche aux mille tours, et par Oscar, son fils dévoué, les Caskey s'apprêtent à se relever... mais c'est sans compter l'arrivée, aussi soudaine que mystérieuse, d'une séduisante étrangère, Elinor Dammert, jeune femme au passé trouble, dont le seul dessein semble de vouloir conquérir sa place parmi les Caskey...

Phénomène éditorial dont Monsieur Toussaint Louverture a le secret, cette saga a tout pour vous séduire. Très bien écrite et facile à lire, mais pas seulement. Elle raconte surtout l'histoire d'une famille du sud des Etats-Unis, avec une attention particulière portée aux personnages féminins, en nous plongeant dans leurs vies, leurs pensées, leurs actions et leurs conséquences. C'est tout l'art des auteurs américains, ces longs fleuves de vie que l'on suit volontiers, alors qu'ils n'avaient rien pour nous attirer à la base. Certes, on comprend pourquoi Stephen King aimait beaucoup Michael Mc Dowell, les quelques scènes horrifiques parsemant les livres étant particulièrement bien écrites. Mais je ne dirai pas qu'il s'agit d'une oeuvre horrifique ou même fantastique. Les scènes surnaturelles sont avant tout là pour exacerber le réel. Je n'en dis pas + car beaucoup a déjà été dit un peu partout sur le web, mais ne passez pas à côté. Ce serait dommage de ne pas se faire plaisir, non ?

Olivier

ici

Ici raconte l'histoire d'un lieu, vu d'un même angle, et celle des êtres qui l'ont habité à travers les siècles. Dans cet espace délimité, les existences se croisent, s'entrechoquent et se font étrangement écho, avant d'être précipitées dans l'oubli. Richard McGuire propose ainsi une expérience sensorielle inédite, puissante et presque magique du temps qui passe.

Quand on croise la route d'un OVNI comme cette BD, on ne peut pas rester indifférent. Comme le chiffre Pi, tout est réuni dans cette BD: illustration, peinture, photographie, histoire et Histoire, amour, humour... Une petite merveille à côté de laquelle il ne faut surtout pas passer.

Lucie

berger

Dans la lignée des grands récits alpins, le duo d'auteurs imagine une histoire qui n'aurait pas pu naître ailleurs. Échappant aux fascistes, un « assassin » blessé est recueilli et soigné par un berger, dans l'attente de pouvoir passer la frontière par les sommets. Forcés de cohabiter, les deux hommes dialoguent en voix off, spectateurs de la majesté de la nature qui se déploie devant eux, pour n'apparaître au lecteur qu'en toute fin d'ouvrage. Le romanesque explose à chaque page de ce texte à l'âpreté philosophique, construit autour d'une situation historique faisant inévitablement écho à l'actualité...

"Dès que j'irai un peu mieux, tu me feras passer la montagne. ? Je ne sais pas. Je vais y réfléchir. ? Ce n'était pas une question. ? Pour moi, c'en est une". Le berger but un peu du lait de ses brebis à même le pot à traire. Puis il tendit le pot à l'assassin. "Qui que tu sois, la montagne est plus dangereuse que toi".

Un énorme coup de cœur pour ce roman illustré. Le titre aurait pu en être Le berger, l’assassin et la montagne tant elle est présente. Un assassin, poursuivit par des fascistes demande à un berger de lui faire traverser la montagne pour leur échapper et se réfugier sur l'autre versant. Le grand format magnifie les illustrations et la narration, souvent au style direct, happe le lecteur.

Véronique

notre qq part

Yao Poku raconte l'histoire d'une jeune femme qui, de passage, poursuit un bel oiseau jusque dans la case de Kofi. Ce qu'elle y découvre entraîne l'arrivée de la police criminelle d'Accra, puis celle du médecin légiste. Ce dernier, récemment rentré d'Angleterre, se met à l'écoute d'Oduro, le féticheur du village.

Laissez-vous entrainer en Afrique, au Ghana. Immergez vous au coeur d'un village de brousse peuplé de truculents personnages. Perdez-vous dans sa langue et sa culture. Tentez de suivre le tourbillon de l'intrigue policière. Accompanez ce jeune médecin légiste fraichement diplomé. Un véritable voyage, un total dépaysement, la découverte du Ghana d'aujourd'hui. Une vraie reflexion sur le tressage des cultures. Et puis de l'humour et de la fantaisie.

Les premières pages du livre, lues par l'auteur (texte en français, lecture en anglais) :

Martine

neand

Néandertal, qui a foulé notre sol il y a 350 000 ans, a longtemps été considéré comme un être fruste et brutal à l'allure d'un singe. Aujourd'hui les indices se multiplient suggérant que les Néandertaliens pratiquaient à peu près toutes les activités que l'on pensait l'apanage d'Homo sapiens. Ils étaient de grands chasseurs et d'habiles artisans et avaient des pensées métaphysiques, puisqu'ils enterraient leurs morts. Pour Marylène Patou-Mathis, Néandertal est victime d'un délit de sale gueule. Il se retrouve tout en bas de l'échelle, alors que Cro-Magnon est au sommet. La classification est importante en science. Mais en revanche, à quoi bon hiérarchiser ? Ça n'a ni sens ni intérêt. L'auteure aime faire le lien entre ses recherches et le présent. Elle cherche a comprendre pourquoi Néandertal a disparu et pourquoi il avait été si important de le dépeindre en inférieur. En préhistoire comme dans d'autres domaines, déconstruire les mythes

Cette collection - Les petites conférences- est vraiment bien faite. Si, par exemple, vou svoulez faire un rapide tour d'horizon des découvertes récentes (et assez folles), liées à l'homme de néandertal, prenez quelques minutes pour lire ce livre : vous saurez presque tout !

Marylène Patou-Mathis : Néandertal a longtemps été le parent pauvre, un peu singe, un peu inférieur :

Olivier

 

chateau animaux

Quelque part dans la France de l'entre-deux guerres, niché au cœur d'une ferme oubliée des hommes, le Château des animaux est dirigé d'un sabot de fer par le président Silvio... Secondé par une milice de chiens, le taureau dictateur exploite les autres animaux, tous contraints à des travaux de peine épuisants pour le bien de la communauté... Miss Bangalore, chatte craintive qui ne cherche qu'à protéger ses deux petits, et César, un lapin gigolo, vont s'allier au sage et mystérieux Azélar, un rat à lunettes pour prôner la résistance à l'injustice, la lutte contre les crocs et les griffes par la désobéissance et le rire...

Référence et suite assumée de la Ferme des animaux d’Orwell, cette bande dessinée est un petit bijou. On se retrouve plongé dans un univers peuplé uniquement d’animaux, dont les uns exploitent les autres. L’anthropomorphisme fonctionne à merveille, et les dessins sont éblouissants : chaque planche est d’un extrême réalisme, parsemée de multiples détails. Quant au scénario, il n’est vraiment pas en reste ! Travail soigné, pour l’instant seuls deux tomes (sur quatre prévus) sont sortis, à raison d’un tous les deux ans. Un vrai coup de cœur, sur lequel je vous invite à vous jeter sans attendre !

Audrey

9782232145186 475x500 1 61371d39746e1316915350

1850 : Napoléon III autorise la création de bagnes privés pour mineurs. 1861 : une soixantaine de garçons sont acheminés à la colonie pénitentiaire de l'île du Levant, au large d'Hyères. Derrière le projet éducatif annoncé, les enfants, coupés du reste du monde, corvéable à merci, sont broyés par une discipline de fer. 1866 : que pouvaient-ils faire d'autre que se révolter ? " Plus de cent ans après, Héloïse Guay de Bellissen entre au collège, à la Seyne-sur-Mer, tout près de là. Autour d'elle, une bande d'adolescents rebelles au système. En quête d'une liberté pleine et entière, ils sèchent les cours, écoutent Nirvana et les Pixies dans des lieux secrets. Et se préparent à un destin tragique.

Deux histoires d’adolescences à un siècle d’écart, un parallèle magnifique et une écriture acérée. Quelle que soit l’époque, il souffle un vent de révolte, de liberté, d’injustice aussi… J’avais découvert Héloïse Guay de Bellissen à travers son livre « Parce que les tatouages sont notre histoire », et ce roman-ci me confirme qu’elle est une auteure à suivre. Dernier argument : quiconque a été ado au milieu des années 90 ne pourra résister aux références musicales et culturelles qui peuplaient ce quotidien si particulier des jeunes de l’avant-2000.

Audrey